« Il disait, à propos de la fin de ses combats avec le diable : « JÉsus, sa Mère, le petit Ange [gardien] et le frère St François sont presque toujours avec moi… JÉsus est toujours généreux envers moi, arrivant même, parfois, à me lever de terre et à me coucher sur mon lit. »
A l’issue d’une habituelle visite du démon, il écrit : « C’était une épreuve qui était bien au-dessus de mes forces, mais le bon JÉsus, qui permit à Barbe Bleue de me traiter de cette façon, ne manqua pas, par la suite, de me consoler et de raffermir mon esprit.
Je pus avec peine me rendre chez le divin Prisonnier pour célébrer la Messe. Oh ! comme fut suave le dialogue que je tins avec le Paradis, ce matin-là, lorsque, ayant terminé la Messe, je m’entretins avec JÉsus et Le remerciai. Ma Joie fut telle que, même en voulant essayer de tout raconter, je n’y réussirais pas.
Il y a des choses qu’on ne peut pas traduire en un langage humain sans qu’elles perdent leur profond sens céleste. Le Cœur de JÉsus et le mien se sont fondus. Ce n’étaient plus deux cœurs qui battaient, mais un seul.
Le mien avait disparu comme une goutte d’eau se perd dans la mer… L’homme ne peut comprendre quand le Paradis se répand dans un cœur, ce mortel – faible et affligé – ne peut le supporter sans pleurer… »
A la fin de juin 1912, après une nuit épouvantable, où le démon l’avait tourmenté de 22 heures à 5 heures : « Lorsque cette brute s’en alla, raconte-t-il, le froid m’envahit de la tête aux pieds, et je tremblais comme un roseau exposé à un vent impétueux.
Cela dura environ deux heures, du sang sortit de ma bouche. A la fin, vint le petit enfant JÉsus, à qui je dis de vouloir faire seulement sa Volonté. Il me consola et me remit des souffrances de la nuit.
Oh ! mon DIEU, comme battait mon cœur ! comme mes joues étaient en feu auprès de ce céleste Enfant !… Si je pouvais avoir des ailes, je voudrais dire à tous et à haute voix, je voudrais hurler :
« Aimez JÉsus, qui est si digne d’Amour ! »
Le vendredi 19 mars 1913, JÉsus attira son attention sur une des plaies de l’Église : les prêtres indignes :
« J’étais encore au lit lorsque JÉsus m’apparut. Il était en piètre état et tout défiguré. Il me montra un grand nombre de prêtres réguliers et séculiers, parmi lesquels divers dignitaires ecclésiastiques ; certains étaient en train de célébrer, d’autres se paraient de vêtements sacrés et d’autres encore les enlevaient.
La vue de JÉsus en peine me causa une grande douleur. Aussi je voulus Lui demander pourquoi Il souffrait tant. Je n’eus aucune réponse. Toutefois son regard se dirigeait vers ces prêtres et comme s’Il était las de regarder, il détacha son regard et le leva vers moi.
A ma grande douleur, je vis deux larmes Lui sillonner les joues. Il s’éloigna de cette multitude de prêtres, une expression de mépris et de dégoût sur le visage, en s’écriant : « Bouchers ! » Et se tournant vers moi, Il me dit :
« Mon fils, ne croie pas que mon agonie n’ait duré que trois heures, non ! A cause de ceux que J’ai le plus comblés, Je serai en agonie jusqu’à la fin du monde.
Pendant le temps de mon agonie, mon enfant, il ne faut pas dormir. Je vais à la recherche de quelques gouttes de pitié humaine, mais hélas ! Je suis seul sous le poids de l’indifférence. L’ingratitude et la somnolence de mes ministres me rendent plus pénible mon agonie.
Hélas ! comme ils répondent mal à mon Amour ! Ce qui M’afflige le plus est que ces prêtres ajoutent à leur indifférence le mépris et l’incrédulité. Que de fois J’ai été sur le point de les foudroyer, si Je n’avais pas été retenu par les Anges et les fidèles qui M’adorent.
Écris à ton conseiller spirituel et dis-lui ce que tu as vu et ce que tu as entendu de Moi ce matin. Dis-lui qu’il montre ta lettre au provincial…»
« JÉsus, poursuit le Fr Pio, continua encore, mais ce qu’Il me dit, je ne pourrai jamais le révéler à aucune créature de ce monde. »
En 1913, on était encore en pleine crise du « modernisme », et des prêtres indignes, qui ne respectaient pas la hiérarchie, – essentielle pour l’Église catholique -, et préféraient lui désobéir, quittaient celle-ci.
Ce drame des prêtres indignes, qui est à l’origine de la première des persécutions déchaînées contre St Pio, le hantera toute sa vie.
Comme toutes les professions comportent des personnes indignes, immorales et malhonnêtes, l’Église et les prêtres ont aussi, de tout temps, des individus de cet acabit.
Il avait et mettait en pratique une notion héroïque de la réversibilité des mérites par la Communion des Saints.
Il ne se contentait pas d’accepter ses souffrances avec une parfaite résignation chrétienne, il entendait appliquer les mérites qu’il acquérait par ce fait, aux yeux de DIEU, pour soulager des purgatoris ou pour compenser, à l’égard de DIEU, les fautes et les crimes des pécheurs.
Il s’offrait en victime à DIEU, à la fois pour les péchés du monde,et pour abréger le séjour de certains purgatoris dans le Purgatoire :
« Depuis longtemps, écrit-il en novembre 1910, je sens en moi le besoin de m’offrir en victime pour les pauvres pécheurs et pour les purgatoris. Ce désir a toujours augmenté dans mon cœur au point de devenir pour moi maintenant, pourrai-je dire, une forte passion…
Cette offrande, je l’ai faite plusieurs fois au Seigneur, Le conjurant de bien vouloir déverser sur moi, même en les multipliant, les châtiments qui sont préparés pour les pauvres pécheurs et les purgatoris… »
Ainsi écrit-il à un correspondant – sans doute son directeur spirituel – : « Vous m’exhortez à m’offrir en victime au Seigneur pour les pauvres pécheurs ; cette offrande, je l’ai faite une fois (le 29 novembre 1910) et je la renouvelle encore plusieurs fois par jour.
Mais comment se fait-il que le DIEU ne m’exauce pas ? J’offre ma vie pour le Salut des pécheurs, et pourtant le Seigneur me laisse continuer de vivre. Il n’a donc pas accepté l’holocauste que je lui avais fait et que je Lui fais encore de moi-même ? »
(677) (Padre Pio, « Paroles de Lumière », p. 124)
DIEU l’a amplement exaucé par tout le Bien qu’Il a fait au monde à travers lui, utilisant ses souffrances quotidiennes pour le Salut, la conversion ou la guérison de tant de personnes, et aussi pour ouvrir les yeux à tous ceux qui veulent bien voir la Toute-Puissance divine agissant par l’intermédiaire de ses Saints.
(P. Aldéric)
Il revient sur cette idée, à plusieurs reprises : « Je suis plus que jamais heureux de souffrir, et si j’écoutais la voix du cœur, je demanderais à JÉsus qu’Il me donne toutes les tristesses des hommes, mais je ne le fais pas parce que je crains d’être trop égoïste, convoitant la meilleure part : la douleur… »
Rares sont les gens qui pensent comme lui ; bien au contraire la plupart d’entre nous, loin de désirer et de rechercher la douleur, la craignent et la fuient autant qu’ils peuvent…
JÉsus lui avait demandé, révèle-t-il, d’être une victime de l’Amour de DIEU et des hommes. Il avait accepté. Cela faisait partie du programme que le Christ lui avait assigné : sanctifier et se sanctifier.
Le Frère n’avait pas seulement à endurer, avec un esprit surnaturel, ses horribles souffrances physiques, ses tentations et ses combats avec Satan ; il lui fallait aussi accepter d’être mis à l’écart en quelque sorte, en quarantaine, à cause de la contagion possible de ce qu’on pensait être la tuberculose, dont on croyait qu’il était atteint.
C’est à cause de cela, autant que pour lui permettre de mieux se soigner, qu’on ne voulait pas de lui dans un couvent de Capucins et qu’on le laissait dans son village natal.
La tuberculose était considérée alors, dans le sud de l’Italie comme la maladie la plus contagieuse. Elle faisait peur.
Nombreux étaient ceux qui évitaient, à cause de cela, de s’approcher trop de lui. Dans l’armoire de la sacristie de l’église, où il disait la Messe, on mettait à part ses ornements sacerdotaux, ses serviettes, ses linges sacrés et même son calice…
Humiliation, qu’il semble ne pas voir, mais dont il est impossible qu’il n’éprouve pas la blessure morale. Toutefois celle-ci faisait partie de son lot de souffrances, non seulement acceptées, mais spirituellement offertes :
« Je garde toujours mon âme gaie et résignée, parce que je me rappelle toujours avec plaisir le sacrifice de ma vie que j’ai fait au Seigneur… Je ne désire pas que ma croix soit allégée, car souffrir avec JÉsus m’est cher…
Je suis égoïste quand il s’agit de souffrances,
je veux souffrir seul…
Je me ferais des reproches si j’essayais, même pour une heure, d’être laissé sans souffrance, ou pire encore, si d’autres intervenaient pour me l’enlever… Pour l’âme, il faudrait que la vie soit semée de croix et de persécutions… »
Source: (Paul Lesourd et J. M. Benjamin, « Les mystères du Frère Pio », p. 56-60)
À SUIVRE…





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