L’Eucharistie en 2016:L’analyse du Cardinal Sarah*Beaucoup de nos liturgies deviennent des spectacles*


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Entretien du Cardinal Sarah sur la Sainte Eucharistie

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Le cardinal Robert Sarah est le préfet de la Congrégation pour le culte divin. Il parle en expert et n’hésite pas à indiquer ce qu’il faut changer : d’où l’intérêt de son entretien à Famille chrétienne (23/05).


 

Le cardinal rappelle des points catholiques fondamentaux :

« remettre l’eucharistie au centre de notre vie »,

« replacer Dieu au centre de la liturgie » (notamment redécouvrir le rôle du silence),

redécouvrir que « l’assemblée, avec le prêtre à sa tête, est comme aspirée par le mystère de la croix au moment de l’élévation »,

 – reconnaître la liturgie comme « oeuvre de Dieu« , ce qui implique « une vraie conversion du coeur »,

procéder à « un travail de formation«  pour « retrouver la sacralité et la beauté de la liturgie« ,

rétablir dans la richesse théologique et l’intégralité des « formules du Missel romain »  leur traduction française (le pape en a confirmé la nécessité au cardinal Sarah le 2 avril dernier)…

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Trois idées dans l’entretien sont particulièrement frappantes :

« la participation des fidèles ne saurait être comprise comme la nécessité de ‘faire quelque chose‘ ; elle consiste  à se laisser entraîner à la suite du Seigneur dans le mystère de sa mort et de sa résurrection » ;

 » on ne va pas à la messe pour assister à une représentation : on y va pour participer au mystère de Dieu, a rappelé le pape tout récemment » ;

« seul un regard trempé dans une foi contemplative nous gardera de réduire la liturgie à un spectacle où chacun aurait un rôle à jouer. »

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En foi de quoi le cardinal appelle à rectifier certaines dérives :

« beaucoup de nos liturgies deviennent des spectacles« ,

« en cherchant à inventer des liturgies créatives ou festives, nous courons le risque d’un culte trop humain, à la hauteur de nos désirs et de nos modes du moment »,

« si les célébrations liturgiques se transforment en autocélébrations humaines, le péril est immense car Dieu disparaît« ,

« une Église refermée sur elle-même en un cercle clos aurait perdu sa raison d’être. »

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L’analyse du cardinal est à prendre au sérieux. On ne doit pas la lire en projetant distraitement sur elle les vieux stéréotypes des années 1970-1980. Ces années-là avaient sans doute vu une désacralisation en France ; violant les consignes de Vatican II, la pratique liturgique avait souvent suivi la sécularisation et le relativisme qui étaient les modes de l’époque. Mais c’était il y a quarante ans… Aujourd’hui d’autres « modes du moment » (selon la formule du cardinal) influencent des laïcs.

Pleins de bonnes intentions, mais croyant que la célébration dépend de leur créativité musicale*, certains animateurs liturgiques paroissiaux produisent des animations problématiques : le volume sonore et le syncopé dispersent l’attention et l’éloignent de l’action de l’autel. Dans certaines « messes des jeunes » avec instruments, chorale, soliste avantageuse et chants happy-clappy (souvent en anglais**), le spectacle supplante la liturgie.

C’est ce que le cardinal Sarah appelle « l’autocélébration ». Et c’est un tout autre problème que la dérive progressiste d’autrefois… Certaines églises sont bondées ces dimanches-là ? Tant mieux : mais le défaut n’en est que plus sensible.

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Loin de nous les nostalgies de pompons-dentelles ou de rubricisme à l’ancienne… (D’ailleurs les communautés tridentines ne sont pas exemptes non plus du danger d’autocélébration, sous une autre forme plus subliminale).  C’est de problèmes d’aujourd’hui que parle le cardinal préfet de la Congrégation du culte : le « chauffer la salle« , qui est étranger à la liturgie catholique ; la greffe du tapage sur la messe, qui produit une incohérence profonde.

Qu’on ne réponde pas au cardinal – comme je l’ai entendu dire ailleurs : « ce n’est pas parce qu’on est chrétien qu’on doit s’isoler » ! Ce n’est pas « s’isoler » que de dire avec l’Église : « il n’est pas concevable que n’importe quelle musique ait sa place dans le culte chrétien », et « l’Esprit Saint, qui conduit au Logos, suscite une musique qui élève le coeur – le sursum corda de la liturgie. Loin de la dissolution dans l’ivresse informe, c’est l’intégration de l’homme tout entier dans ce qui l’élève qui forme le critère d’une musique selon le Logos… » ***

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* Pourquoi tant d’équipes paroissiales mettent-elle au placard le vaste répertoire Gouze-Emmanuel (etc) au profit de petits airs discordants et souvent inchantables ? Il faudrait étudier les causes psychologiques conduisant à exclure les mélodies amples pour les remplacer par du saccadé.

** Pourquoi en anglais ? Pourquoi remplacer – dans une paroisse de la région parisienne  – le Gloria par Glory glory Hallelujah et le Kyrie par Bless my soul O Lord ?  Jusqu’à nouvel ordre, le globish n’est pas plus vernaculaire en France que le latin ou le grec.

*** Joseph Ratzinger, L’esprit de la liturgie, Ad Solem 2002.

Le futur Benoît XVI y écrit aussi : « L’homme devrait s’inspirer de la musique intérieure du cosmos et de son ordonnance, et faire résonner sa musique du ‘chant fraternel’ des sphères célestes… »

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source: https://gloria.tv/article/BSNQ3L1M8G3
http://plunkett.hautetfort.com/archive/2016/05/26/l-eucharistie-en-2016-l-analyse-du-cardinal-sarah.html#more

 

 

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