La Transfiguration de Jésus..fête le 6 Août* Les vêtements de Jésus sont éblouissants de blancheur ; son visage resplendit comme le soleil ; une voix parle du sein de la nuée. »Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; écoutez-le ».


transfiguration

Cet épisode assez extraordinaire nous invite, c’est évident, à contempler dans l’humilité de l’homme Jésus, toute la gloire de Dieu qui y est présente et ordinairement cachée. Ce qui est moins évident et qu’un lecteur superficiel risque de ne pas comprendre, c’est que cet épisode nous révèle aussi que l’humilité de l’homme Jésus est le coeur de la gloire de Dieu.

Quand sur la montagne de Galilée le voile se déchire, il devient manifeste non seulement que c’est bien Dieu lui-même qui a pris temporellement en Jésus la forme du serviteur, mais aussi que cette forme de serviteur est la forme éternelle de Dieu. D’une part l’homme Jésus est vraiment Dieu. Mais d’autre part Dieu, comme l’homme Jésus, est, pauvre, dépendant., humble, sensible et vulnérable.

Contexte

Tout est centré sur la Passion qui est proche. Avant, pendant et après.

Avant ? Quelques jours plus tôt, Jésus a annoncé pour la première fois en termes très nets qu’il devait souffrir et mourir. Pierre a eu un sursaut scandalisé; mais Jésus l’a sévèrement réprimandé, et il a ajouté que personne ne pouvait être son disciple à moins de renoncer à soi et de porter Sa croix.croix jesus

Pendant ? C’est saint Luc qui note que Moïse et Élie s’entretiennent du prochain départ de Jésus pour Jérusalem. Il n’est donc question que de la Passion.

 ElieHoreb

Or, tous les détails du récit évoquent les manifestations de Dieu dans l’Ancien Testament. La montagne est haute comme étaient hauts le Sinaï et l’Horeb. L’homme du Sinaï est là, c’est Moïse. L’homme de l’Horeb aussi est là, c’est Élie. Les vêtements de Jésus sont éblouissants de blancheur ; son visage resplendit comme le soleil ; une voix parle du sein de la nuée. Cette nuée est celle de l’Exode qui guidait les Hébreux dans le désert. Tout nous dit c’est Dieu.

C’est donc Dieu qui va souffrir et mourir. Personne ne pourra se tromper sur ce qu’est sa Gloire. Dans un autre contexte, la Transfiguration serait une manifestation de puissance et d’éclat. Dans le contexte de la Passion, c’est tout autre chose : les témoins de la Faiblesse au Jardin des Oliviers. Celui dont le visage est resplendissant comme le soleil sera un pauvre homme qui sue le sang. Entre cette Gloire et cette Faiblesse, il n’y a pas opposition, mais indéchirable unité.

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L’instant de la vision splendide fur sans doute extrêmement bref, mais tellement merveilleux que Pierre avait proposé de le prolonger et même de l’éterniser. Il avait rêvé tout haut que le bonheur serait de s’installer dans cet instant devenu éternel, afin de posséder Dieu sur l’heure, face à face et pour toujours. Mais avant même qu’il eût achevé sa phrase, un brouillard les avait tous enveloppés, cependant qu’une Voix s’en échappait : « celui-ci est mon Fils bien-aimé ; écoutez-le ».

Dieu avait donc coupé court à tout projet d’installation. On ne s’installe pas, on continue ! On redescend dans la plaine ; et là, dans la plaine où vivent les hommes, une seule chose importe : écouter Jésus pour faire ce qu’il dit. Non pas voir, être ébloui et ne rien faire, mais écouter et faire (écouter veut dire obéir).

Nous pouvons avoir une fois, deux fois dans notre vie le sentiment fugitif que Dieu est évident. Ce sont des instants merveilleux que l’on voudrait éterniser. A ces moments là, rien ne fait problème. La foi va de soi. Les contestations de l’athéisme semblent enfantines. On baigne dans la lumière ; on va jusqu’à dire qu’on « sent » Dieu, qu’on le touche, qu’on le respire presque physiquement.

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On ose parler d’expérience de Dieu. Ce que dit l’Église s’impose comme un donné tout fait, un système sans fissure devant lequel on ne voit pas comment la raison pourrait ne pas s’incliner. A moins qu’on ne laisse tranquillement la raison de côté, en estimant qu’elle n’a rien à voir avec la foi… Et tout à coup plus rien. La nuit vient sur les yeux, la brume envahit l’intelligence, le coeur et la volonté.

Plus rien n’est sûr. Ce n’est plus la colline dans le soleil mais la plaine morne et grise où vivent les hommes, avec la famille, le métier, les relations, les maladies, les déceptions et les échecs.

Alors l’objection enfonce des coins dans le système ; des fissures apparaissent par où s’infiltre le doute « Tout cela est-il bien vrai ? Et d’abord Dieu existe-t-il ? Et si Dieu existe, Jésus Christ est-il vrai Dieu et vrai homme ? Et l’Église ? Sa parole est-elle bien la parole de Jésus Christ ? Et puis est-il tellement nécessaire que Dieu soit, pour que nous ayons le courage de relever nos manches jusqu’aux coudes et de lutter contre l’injustice et le mensonge pour la construction d’un monde plus habitable et. plus fraternel ? »

Tout était hier évident. Plus rien n’est évident. De tous les sens, seule l’oreille demeure ouverte, plus exactement peut demeurer ouverte, car il arrive que la déception soit si forte qu’on s’applique délibérément à ne pas entendre la voix intérieure qui impose la loyauté de la recherche.

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Quoi qu’il en soit du passe, que vous ayez ou non le souvenir d’une adolescence ou d’une jeunesse croyante, que vous ayez ou non connu par la suite les grandes déceptions qui conduisent au doute, je puis de toute façon vous poser cette question : « Avez-vous présentement l’oreille ouverte à ce que dit le Christ ? ». Si je vous demandais : « Avez-vous la foi ? », ce serait de ma part une imprudence car vous seriez tentés de répondre oui ou non.

Or, cela il ne le faut pas car, d’aucun homme, nous ne pouvons savoir comment Dieu juge sa foi, ni par conséquent ce quelle vaut, ni même ce qu’elle est. Jamais nous ne pouvons nous arroger le droit de dire : Ma foi. Ce serait. faire acte de possédant, ou de propriétaire.

Or, précisément, il n’est rien au monde qui soit plus contraire à la propriété que la foi. Elle est par essence dépossession, pauvreté. Le riche n’écoute pas ou, ce qui revient au même, n’écoute que soi. L’autre n’existe pas pour le riche, puisque la définition même de la richesse, au sens spirituel et non pas directement économique du mot, c’est l’inaptitude à reconnaître l’autre et à s’ouvrir à lui dans un geste d’accueil.

Être propriétaire de la foi, posséder la foi comme une richesse, c’est une contradiction dans les termes et, lorsque cette contradiction est vécue, elle s’appelle mensonge, et c’est la racine du péché.

 

L’Évangile est là-dessus à la fois paradoxal et éclairant. A tous ceux qui viennent à Lui, Jésus demande la foi. On sent bien qu’il y tient plus qu’À tout, comme si avec la foi tout était possible, et sans elle rien. Or, il apparaît que, dans l’entourage du Christ, la foi est extrêmement rare, et cependant très commune.

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Une foi rare et pourtant commune

De quel ton sévère et triste il dit aux pharisiens « Race perverse et incrédule ! » et aux apôtres : « Hommes de peu de foi ! ».

Et pourtant : elle jaillit partout où Jésus passe ; et il déclare lui-même aux païens, aux samaritains, aux filles publiques, aux publicains, que leur foi est grande. On imagine la stupeur scandalisée des Juifs, quand ils entendaient Jésus dire au centurion romain « Je n’ai pas trouvé de foi pareille en tout Israël ». Ou à l’hémorroïse: « Femme, ta foi t’a sauvée ». Ou à la Syro-phénicienne : « Ta foi est grande ». Ou à Zachée, chef des publicains . « Tu es un authentique fils d’Abraham. » Or, la Syro-phénicienne ne savait certainement pas un mot de la loi juive. Le centurion et Zachée, peut-être quelques articles. Jésus leur dit qu’ils ont la foi. Tandis qu’aux pharisiens, qui sont des théologiens patentés, il affirme avec force qu’ils ne l’ont pas. Et à ses disciples, il dit qu’ils l’ont peu. L’incrédulité se trouve donc du côté des professionnels de la foi, des possédants de la foi.

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Le Christ ne juge donc pas comme nous jugeons. Il y a les vraies et les fausses professions de foi, selon qu’on récite des formules ou qu’on engage sérieusement sa liberté. La vraie foi est une réponse à l’initiative de Dieu. Et l’initiative de Dieu ne saurait être l’imposition d’une vérité toute faite à une intelligence qui n’aurait qu’à la subir sans l’engagement sérieux de la liberté. Un Dieu qui imposerait sa vérité comme un spectacle offert à une raison spectatrice ne serait évidemment qu’une idole.

Une Révélation qui serait un système tout fait, susceptible d’être possédé comme une chose inerte que l’on range soigneusement dans les casiers du cerveau, ou comme un paquet bien ficelé que l’on met à l’abri des importuns, une telle Révélation serait évidemment un fléau pour l’esprit.

Quand les chrétiens mal éduqués en viennent à accréditer une telle idée de la Révélation, alors l’athéisme surgit comme une protestation au nom de la grandeur de l’homme et de sa dignité. Il ne faut pas se presser de donner tort aux athées avant d’avoir fait sérieusement son propre examen de conscience. D’ailleurs les athées en viennent eux aussi, bien souvent, à posséder leur athéisme comme une vérité qui n’engage pas, comme un système détaché de la vie, en quoi ils sont alors aussi cléricaux que les plus cléricaux, aussi pharisiens que les plus pharisiens.

 christ agneau

En bref, si nous osons parfois – timidement toujours, prudemment et comme sur la pointe des pieds – porter un jugement, une ébauche de jugement, sur la foi des hommes (qu’ils se disent chrétiens ou qu’ils se disent athées), si nous nous permettons de reconnaître dans tel geste ou dans tel mot une réaction de foi, s’il nous paraît quelquefois possible de dire qu’un catéchumène est en train d’accéder à la loi ou qu’un incroyant est un croyant qui s’ignore, ce n’est pas parce qu’il répète une leçon, c’est parce que nous retrouvons dans une réflexion nouvelle chez lui ou dans une attitude habituelle en lui, l’écho de ces réflexions ou de ces attitudes ou de ces comportements où Jésus reconnaissait et louait la foi authentique de ses contemporains. C’est-à-dire à la fois l’oreille ouverte et la volonté tendue. La volonté prête aux décisions qui changent la vie et aux responsabilités coûteuses.

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La foi est une expérience qui découvre le vrai à force de labeur tâtonnant et onéreux. La parole de jésus Christ n’est pas extérieure à ce. labeur; mais elle l’anime et l’éclaire du dedans. Telle est la condition des hommes qui vivent dans la plaine, quoi qu’il en soit des instants privilégiés où l’on voudrait dresser des tentes sur le Thabor.

Ces instants privilégiés ne dispensent jamais de l’écoute attentive, de l’option libre, et de l’engagement mortifiant.

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François Varillon, extrait de « La parole est mon royaume », Le Centurion pp. 87-94 ;

Merci au site http://croire.la-croix.com/ pour cet article très édifiant.

http://croire.la-croix.com/Definitions/Fetes-religieuses/Transfiguration/Plonger-dans-le-mystere-de-la-Transfiguration


 

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