Chronique de Guy Parent*Ma révélation, pourquoi il faut donner le titre à Marie de… »Co-rédemptrice »?


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Marie et l’œuvre Co-Rédemptrice

L’importance attachée à l’Incarnation par les Pères de l’Église a donné lieu parfois à quelques malentendus. Des histoires du dogme un peu trop pressées leur ont attribué une doctrine de l’Incarnation rédemptrice par elle-même, qu’ils ont opposée à la doctrine, paulinienne et médiévale, de la rédemption par la mort du Christ.[1]

 

En réalité, cette opposition est toute factice. Ceux qui croient la découvrir; la créent eux-mêmes sans s’en rendre compte, par le fait qu’ils attribuent aux termes utilisés par les anciens une signification qui est nôtre, mais non pas la leur. Dans le cadre de nos modernes traités théologiques, en effet, nous avons pris l’habitude d’opposer l’Incarnation et la rédemption pour les étudier plus commodément. Mais, pour les anciens, le terme d’Incarnation gardait toujours un réalisme concret qu’il faut se garder d’oublier.

 

Dire, comme saint Athanase, que le Verbe, en se faisant chair, nous a divinisés, ce n’était nullement rendre la Croix superflue ou secondaire. Car, pour le même auteur, le Verbe ne se serait pas vraiment fait chair s’il n’avait assumé dans la chair tout ce qu’il appelle les « passions de la chair »[2], c’est-à-dire la souffrance et la mort. Certes, pour les Pères, l’Incarnation est rédemptrice, mais parce que l’Incarnation comme ils l’entendent inclut la Croix.[3]

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Autrement dit, ce n’est pas l’Incarnation dans l’abstrait qui nous sauve, ou le simple fait de la venue de l’existence d’un être qui est le Fils de Dieu fait homme. C’est toute la réalisation historique de son existence, où due, s’assujettissant au cours de la nôtre, le redresse du dedans et l’épanouit jusqu’aux accomplissements eschatologiques.

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De même, la maternité de Marie a un rôle dans les desseins divins qui ne peut être réduit à la relation où elle établit la Vierge avec le Fils de Dieu, vue dans l’abstrait. Il n’y a pas davantage dans le simple événement de la mise au monde de celui-ci qui peut nous permettre de saisir tout ce qu’implique pour Marie le fait d’être mère de Dieu.

 

Aucune maternité, d’ailleurs, ne se laisse réduire au simple processus physique de la conception et de la naissance. Remarquons-le en premier lieu : la personnalité de l’enfant ne se détache de celles de ses parents, et en particulier de sa mère, que bien longtemps après ce que nous considérons comme la naissance physique. Ce fait a été mis en évidence par la psychologie des profondeurs, notamment par les travaux de l’école de Jung.[4]

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Il faut aller plus loin et dire que si la relation humaine connaît une évolution complexe, elle ne s’éteint jamais, pas même avec la mort de la personne qui en est le support. Ce n’est pas seulement à l’époque où la personnalité de l’enfant ne fait que s’ébaucher qu’il demeure pour la mère comme une partie d’elle-même.

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Lors même qu’il est pleinement homme distinct de sa mère que l’enfant puisse être devenu, il n’en est jamais séparé. Nous connaissons tous les exemples de maternité abusive, où la mère ne se résigne pas à voir son fils acquérir l’autonomie. Mais ce qu’il y a de pathologique dans de tels cas n’est pas la conscience, de la part de la mère, d’un lien impossible à briser entre elle et son fils.

C’est le refus de voir ce lien s’ouvrir et leur relation non pas disparaître, mais se transposer. La crise inévitable, dans le cas normal, n’est qu’un second et définitif enfantement, où la relation maternelle ne meurt qu’en apparence, ou plutôt ne meurt que pour renaître.

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On pourrait, il est vrai, objecter qu’à partir du moment où une mère a fini l’éducation de son fils, tout ce qui subsiste de sa relation maternelle est en quelque sorte une affaire privée. La mère peut bien, à ce moment, toujours vivre plus en son fils qu’en elle-même. Ceci, néanmoins, n’a plus qu’une réalité toute subjective. En fait, le fils, désormais, vit sa propre vie d’une façon autonome.

 

S’il n’en pas moins vrai que cette vie continue à dépendre de la vie de sa mère, la dépendance n’est plus à l’égard de la vie actuelle de la mère, mais de ce qu’elle a été jadis. C’est même là qu’intervient le grand renoncement exigé de toutes les mères. Pour toutes, un moment vient où le fils, sans pouvoir cesser d’être mû par ce que sa mère a déposé en lui une fois pour toutes, ne peut pourtant plus, ne doit plus dépendre actuellement de sa mère.

 

Mais c’est là aussi qu’apparaît un des traits qui distinguent la maternité de Marie de toutes les autres, en lui conférant une plénitude rigoureusement unique.

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Vivre la fraternité humaine


[1] Cf. Harnack, Lehrbuch der Dogmengeschichte, t. II (4e éd., Tubingue, 1909-1910), pp. 160-161.
[2] http://www.assomption.org/fr/spiritualite/saint-augustin/revue-itineraires-augustiniens/le-miracle/iii-augustin-dans-l-histoire/les-miracles-du-christ-chez-saint-athanase-d-alexandrie-par-fr-lucian-dinca
[3] Cf. ce que nous avons développé à ce sujet dans L’Incarnation et l’Église corps du Christ dans la théologie de saint Athanase, pp.124 ss.
[4] Spécialement suggestives sont les recherches de Frances Wickers, The Inner Word of Childhood, 1927, et ses Trois exemples de la puissance de l’image projetée, dans le Festschrift pour les 80 ans de Jung, vol. 1, Zur Theories and Praxis, 

 

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Guy Parent

http://www.citation-celebre.com/internautes-populaires
www.elevationdelaconscience.com

 

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